segunda-feira, 24 de agosto de 2015

La Belle Espionne

LOUIS SKORECKI 19 FÉVRIER 2002 À 22:19

Canal + Vert, 14 h 30.

Il se rappelait qu'il avait parlé de cinéma Haribo. Mais Walsh? Qu'est-ce que Walsh, le Walsh de la superbe trilogie maritime bâtie autour des amours viriles de Gregory Peck (Captain Horatio Hornblower, The World in His Arms) et de Rock Hudson (la Belle Espionne) vient faire dans cette affaire? Tout et rien. La beauté équivoque de Rock Hudson, chouchou sirkien bâti comme un bûcheron de Dieu (et surtout premier grand séducteur hollywoodien à avoir annoncé son homosexualité et son sida), donne dès 1953 à la Belle Espionne des airs pré-Haribo étincelants de génie et d'évidence. C'est le troisième volet de la trilogie corsaire de Walsh, le plus louche, le plus métissé, le plus beau. Faut être pervers, diront les crétins cinéphiles, pour voir dans les amours d'un contrebandier anglais du XVIIIe siècle, et d'une audacieuse espionne qui réussit à ridiculiser Napoléon et Fouché, des airs de pré-In The Mood For Love, ce manifeste expérimental/pédé pour lequel on inventait, pas plus tard qu'hier, le concept-Haribo.

La belle espionne qui ruse avec les Français comme elle ruse avec le beau Gilliatt (Rock Hudson), c'est Yvonne de Carlo, l'héroïne immature et craquante comme du sucre candi de l'Esclave libre (Walsh, 1957). Yvonne de Carlo, même pour les walshiens les plus bornés, c'est la petite fille et la vamp, celle qui veut que papa la fasse sauter sur ses genoux pour la vie, même quand ses fesses et ses seins ont grandi hors norme. Yvonne de Carlo, c'est Marilyn puissance mille. Elle n'a pas besoin de chanter My Heart Belongs to Daddy ­ ce qui n'a d'ailleurs jamais voulu dire «papa» dans la bouche de Marilyn, mais plutôt «l'homme qui me traite comme il faut, mon mec, mon mac». Faut être aveugle pour ne pas voir que tout ce qu'elle a, Yvonne, c'est vraiment pour papa. Cette fille-là, c'est la féminité rayonnante, interdite. Qu'est-ce qui se passe quand on met cette poupée géante dans les bras de Rock Hudson? Ses gros seins, ses grosses fesses, qu'est-ce qu'il en fait, le beau bouclé? Il en fait ce qu'il peut, les costumes et la belle musique (Richard Addinsell) font le reste. Enfin, pas tout à fait. Ce qui fait le reste, c'est la placidité lyrique de Raoul Walsh devant ces improbables balbutiements pré-Haribo. Devant ces aberrations sentimentales, le vieux cinéaste borgne et paillard, encore très vert pour ses 66 ans, imagine une mise en scène caresseuse, à la fois alanguie et précipitée. C'est lui qui la pelote, la belle Yvonne, non?

SKORECKI Louis

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