terça-feira, 25 de agosto de 2015

La Captive aux yeux clairs

LOUIS SKORECKI 27 FÉVRIER 2002 À 22:24

Ciné Classics, à 20 h 45.

Essayer d'imaginer Hawks au travail, sept ans avant la catastrophe travestie de Rio Bravo, la limite extrême du cinéma classique, le dernier western. Le problème, c'est qu'en ce début de siècle imbécile et régressif, où la seule jouissance des cinéastes, leur seul horizon affectif, c'est de redonner un sens à la notion de genres, on n'est pas préparé à recevoir les fulgurances de la Captive aux yeux clairs, film qui par son extrême aisance, son classicisme obtus, retrouve l'air de liberté des grands films du XXe siècle, Steamboat Round the Bend (Ford), la Nuit du carrefour (Renoir), Rain or Shine (Capra), les Trente-Neuf Marches (Hitchcock), ceux qui s'en tenaient à l'essence inventive du cinéma des origines, celui qui nageait précisément dans le bonheur de n'être pas encore assujetti à la notion de genres. Dans une époque de surlignage maniériste, on préférera toujours les genres à l'absence de genres, l'entrave à la liberté, la glaciation travestie à la fraîcheur des premiers torrents d'images et de sons. On préférera toujours Rio Bravo (1959) à la Captive aux yeux clairs (1952). Tant pis pour nous, on n'a que ce qu'on mérite (et pour une fois, le «nous» n'est pas obscène, il représente une vraie communauté de spectateurs, dont personne, pas même le chroniqueur, n'est exclu).

Musique mélancolique aux accents cajuns, stylisation virile et amoureuse, noir et blanc pionnier, la Captive aux yeux clairs bouge bien. Kirk Douglas a de l'allant, du tempérament, du muscle. Hawks transmue la fadeur de Dewey Martin, sa langueur pré-Ricky Nelson, en une belle séduction louche. Quatre ans plus tôt, dans la Rivière rouge (1948), John Wayne et Montgomery Clift avaient plus d'allure. Mais bon, on ne peut pas tout avoir.

Oublier le DVD collector du film (éd. Montparnasse). Les scènes coupées, quoi qu'en dise tardivement Howard Hawks, grand menteur devant l'éternel, n'ajoutent strictement rien. Ne pas craindre de mourir sans les avoir vues. Se passer aussi des pauvres images, où Hawks s'explique mal sur son film, et de l'auto-interview du biographe officiel, Todd McCarthy. Le vrai scandale de ce coffret «luxueux», qui ne contient que de l'air (et un livret nain), est dans la qualité proprement honteuse de l'image et du son. Mieux vaut une VHS enregistrée à la sauvette que cette prétendue version cinéphile.

SKORECKI Louis

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