terça-feira, 25 de agosto de 2015

La Captive aux yeux clairs

LOUIS SKORECKI 8 JANVIER 2003 À 21:41

Cinétoile, 18 h 55.

Entre celui qui choisit de rester devant son poste pour voir ce beau western et celui qui préfère le voir en DVD (Editions Montparnasse), c'est-à-dire à l'heure qu'il choisit, quelle différence ? On peut encore se poser, mais plus pour très longtemps, deux ou trois questions sur la nature des images, la manière dont on les regarde, et surtout la manière dont on se pense en tant que spectateur. Cinéphilie, téléphilie, dévédéphilie, homecinéphilie, quelle est la maladie dont on choisit de s'affubler au moment de sa petite mort ? Est-il encore possible de recréer, au cinéma ou ailleurs ­ une télé 36 cm peut faire l'affaire ­, l'espace d'une salle de cinéma, pour autant qu'on en ait envie ?

Voir Kirk Douglas, fou d'amour pour une belle Indienne, jalouser son ami Dewey Martin, c'est comprendre en même temps que lui (Kirk Douglas) que ce n'est pas l'autre (Dewey Martin) qu'elle aime, mais bien lui, Kirk Douglas, qui aime Dewey Martin (la formule est à apprendre par coeur). On peut voir ça dans le noir ou en plein jour. Et faire le noir, ça peut se faire de deux façons : en cliquant sur un interrupteur ou en déclenchant un mécanisme dans sa tête. Est-ce que je vais regarder Kirk Douglas qui regarde Dewey Martin dans le noir ou en plein jour ? Ce fameux regard à hauteur d'homme (dont Hawks serait le spécialiste) est-il le même en pleine lumière ou dans l'obscurité de mes rêves les plus secrets ? Comment ça se trame, un rêve de jour ? Disons, pour aller vite, que le spectateur, pour autant qu'il existe encore, c'est celui qui se rêve dans la peau d'un autre, en plein jour ou dans le noir. Se rêver dans la peau d'un autre, cow-boy musclé ou Indienne à jupe longue, est-ce différent en direct ou en différé ? Qu'il suffise de dire, pour l'heure, que la réception de la Captive aux yeux clairs en direct est de bien meilleure qualité (tant à l'image qu'au son) que la réception en différé, même si cette version DVD offre en bonus deux ou trois scènes coupées qui n'ajoutent rien au film.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog