terça-feira, 25 de agosto de 2015

La Charge héroïque

ARTE, 20 h 40

Par Louis SKORECKI

Il y a entre Ford et moi un pacte parti pour durer. Mais, à la différence de mon accord avec Mizoguchi ou Tourneur, le pacte d'amour que j'ai passé avec Ford est récent. L'idée d'un Ford né artiste est une fiction, de toute façon. Il a été admis tard au panthéon des grands (remarquez que je n'ai pas dit «auteur»), des années après Hitchcock ou Fellini, qui ne lui arrivent pas à la cheville. C'est un moraliste, un primitif, un point c'est tout. Remonter à Ford, c'est remonter à la source du cinéma, ce Nil naïf dont on a perdu la trace depuis longtemps. Erudition, sens inné du cinéma populaire et de la grande déception monochrome, celle qui fait le charme de l'art d'usine hollywoodien.

Tu parles de moi ? dit une voix. Qui êtes-vous ? je demande. Je suis Ford, dit la voix. Moi, c'est Skorecki, je réponds. Et votre petit nom ? demande Ford. Louis, je dis. Que pensez-vous de la Charge héroïque ? Je l'adore, il ouvre la partie la plus moderne de votre filmo. C'est quoi une filmo ? demande Ford. La liste de vos oeuvres, je réponds. C'est quoi une oeuvre ? fait-il. Un film digne d'une toile de maître, je réponds. Je ne veux pas entrer au musée, proteste Ford. Trop tard, vous y êtes. C'est alors que j'entends comme un bruit d'eau. De l'oeil de John Ford, de son oeil unique, coule une larme. Vous pleurez, maître, je demande. Couillon, dit-il, tire-toi.

(A suivre)

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