segunda-feira, 24 de agosto de 2015

La Dernière Femme, Cinétoile, 1h15.

LOUIS SKORECKI 8 JUIN 1999 À 23:25

On parle toujours des même cinéastes italiens, les grands (Rossellini), comme les petits (Visconti). Entre ces deux pôles, entre le documentarisme hagard de l'un et les caprices crémeux de l'autre, les yeux trop bleus de Marco Ferreri scintillent dans le noir. En deux ou trois rictus, il a dénaturalisé rageusement le cinéma, délocalisant ses mythes avec une belle rage rieuse. Les serial killers espagnols, les grands singes surréalistes, les porte-clés amoureux, autant de panoplies pour de nouveaux territoires de cinéma à aborder comme des îles dévêtues. En tête de ces provocations délicieuses, le couteau électrique avec lequel le gros Gérard, encore maigre, se coupe la bite dans un geste d'amour ultime. Qui dit cinéma italien dit mort. Mort, Fellini. Mort, Visconti. Mort, Rossellini. Mort, Pasolini. Mort, Zurlini. Mort, Freda. Mort, Comencini. Mort, Cottafavi. Mort, Ferreri. Dans ce cimetière des cinéastes, reste un fantôme (Antonioni), un survivant désuet (Mario Soldati) et un bricoleur paresseux (Nanni Moretti). Ce n'est pas un hasard si ce dernier s'est acheté une salle de cinéma. Il y retrouve sans doutes ses émotions et ses frayeurs d'enfant, souvenirs d'un temps où Cinecittà était un petit Hollywood. La Dernière Femme témoigne aussi de ça, dans ses accélérations de poésie primitive, sa verdeur narrative, sa beauté idiote. Quelque chose meurt avec ce film. Quelque chose comme la démesure, le sens du ridicule, le théâtre. On le regrette mais c'est un peu trop tard. Depardieu, depuis, s'est empiffré de pâtes, il a gonflé, il a maigri, il a déçu. Dans cette «deNiroisation» vertigineuse, le cinéma perd un de ses enfants les plus doués. Ferreri s'en fout. Il en a fait son spaghetti d'amour. Il s'en est régalé. Il en a profité. Il savait que les pâtes froides, au cinéma, ça colle encore plus. C'est bon pour les vieux, pour Bertrand Blier, pour les chiens. Temps de partir, sur un sourire triste, les yeux dans le vague. Là-haut, il tutoie les nuages et leur dessine des moustaches. Pendant ce temps, nous, on se cogne dans les meubles.

SKORECKI Louis

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