segunda-feira, 24 de agosto de 2015

La Flèche et le Flambeau (2)

CINéCINéMA CLASSIC, 18 h 10.

par Louis SKORECKI

La célébrité de Tourneur repose sur un malentendu. Il n'a pas cherché à faire peur. Jamais. On lui disait que c'était son thème favori, il disait oui. Il disait oui à tout ce qu'on voulait. Hawks disait bien qu'il filmait à hauteur d'homme pour faire plaisir à ses interlocuteurs. Il ne savait même pas ce que ça voulait dire «à hauteur d'homme», du temps où il faisait encore des films. Pour Tourneur, c'était plus simple. Il était trop timide pour dire non. C'était un anonyme, un cinéaste de l'ombre. Pour aller vite, on dira qu'il tournait des films, c'est tout. Vous voulez savoir si je m'intéresse aux fantômes ? Bien sûr. Et la peur, ça vous fait peur ? Evidemment. Et l'invisible ? Ah oui.

Dans cette approche auteuriste des films de Tourneur, centrée sur l'invisible et le hors-champ, sur l'interdit de montrer ce qui fait peur, du moins frontalement, les films RKO produits par Val Lewton, Cat People, I Walked With a Zombie, Leopard Man, sont faits sur mesure. Curse of the Demon aussi. Mais ni Stars In My Crown, ni Wichita, ni la Flibustière des Antilles ne coïncident avec cette grille de lecture, et encore moins la Flèche et le Flambeau, un film d'aventures à gros budget, un film d'acrobates en Technicolor fait sur mesure pour Burt Lancaster et son amant disgracieux, Nick Cravat. Ce film bondissant et joyeux était le premier dont Jean-Claude Biette se souvenait. Il l'avait vu tout jeune, il l'adorait. Moi, j'ai tout oublié de mes premières expériences de cinéma. Je ne connais ni les titres des films de mon enfance, ni ce qu'ils m'inspiraient. La grande différence entre Biette et moi, c'est qu'il avait de la mémoire. Daney aussi. Je suis un cas à part dans la courte histoire de la cinéphilie. Je n'ai aucune mémoire des films, aucun souvenir. Je dois tout reconstituer, tout réinventer. Je pars de l'absence, de l'oubli. Je suis l'objet «a» du cinéma.

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