segunda-feira, 24 de agosto de 2015

La Flèche et le flambeau.

LOUIS SKORECKI 26 NOVEMBRE 2001 À 01:44

CRITIQUE TCM, 0h20.

Jacques Tourneur n'existe pas. Frank Marshall non plus. Est-ce à dire que la Flèche et le flambeau tient du même cinéma que Pretty Woman ou Frankie and Johnny? Bien sûr que non. La non-existence de Tourneur, cette féerie artisanale qui consiste à se fondre dans le décor, à n'y être pour personne, c'est pourtant très exactement le plan Marshall. La place de ces deux cinéastes relève du même anonymat, de la même modestie sentimentale. C'est quoi, alors, la différence? Le cinéma, rien que le cinéma. Les cinéastes ne changent pas, c'est le cinéma qui bouge, évidemment. Et les spectateurs avec, crétinisés depuis plusieurs dizaines d'années, incapables d'y voir ou d'y entendre que dalle. Tu vois le problème? Je t'explique, ou je rentre me coucher? L'intelligence du plan Marshall, c'est d'appliquer les recettes de la chanson au cinéma. Rengaine, répétition, violons. C'est intelligent parce que ça témoigne d'un mépris souverain pour cette bouillie FM qu'on vend sous le nom de cinéma. Faut vendre, vendons. Pas d'état d'âme, juste deux ou trois refrains d'images assez entêtants sur deux ou trois personnages auxquels on aime s'attacher.

Tourneur, lui, travaillait au bon temps du cinéma. L'année de la Flèche et le flambeau, Natalie Kalmus cesse d'être créditée sur les films en Technicolor, un procédé que son ex-mari, le génial et discret Herbert T. Kalmus, avait inventé en 1917. Entre 1933 et 1949, Natalie régnait sur l'organisation des couleurs dans les films. Elle tyrannisait les chefs opérateurs. C'est elle, naturaliste dans l'âme, qui recula le plus longtemps possible la fameuse flamboyance du Technicolor. En 1950, elle n'est plus là, Tourneur laisse éclater la gamme chromatique la plus invraisemblable dans la Flèche et le flambeau, formidable film d'aventures acrobatiques que surpassera, quelques mois plus tard, la Flibustière des Antilles. Ce sont deux délires intimes sur l'ambiguïté sexuelle: le sang d'un rouge vertigineux giclant aux lèvres de Louis Jourdan dans la Flibustière, la romance clandestine entre Burt Lancaster et son crapaud d'amour, Nick Cravat, dans la Flèche et le flambeau. Faut-il absolument rappeler que Tourneur détestait ces films qui ont fait sa gloire? Seul Stars in My Crown, qu'il tourne dans la foulée, trouvait grâce à ses yeux. Ici, il fait son travail de cinéaste, qui consiste essentiellement à détourner la tête quand Burt Lancaster et Nick Cravat se roulent une pelle. C'est ça, un professionnel.

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