terça-feira, 25 de agosto de 2015

La Légende du saint buveur. Cinéstar 2, 22 h 30.

12/04/2000 à 00h08

SKORECKI Louis

Ne pas oublier de dire que le cinéma est amnésique. Sans ses pertes de mémoire à répétition, qui saurait dire ce que c'est? D'ailleurs, la fonction essentielle de ceux qui parlent de cinéma ne se réduit-elle pas, de plus en plus, à faire semblant de lui trouver un passé? De temps en temps, pourtant, dans cet océan de sensations éperdues, il y a des oublis qui font retour comme des scènes primitives. Qui se souvient d'Ermanno Olmi, par exemple? Il faisait des films à la campagne, non? Un peu Rouquier, un peu Pialat, un peu Jésus Christ, n'est-ce pas? On a oublié les Fiancés ou Il Posto, ces films austères que Godard adorait et dont un seul plan vaut l'oeuvre complète de Scorsese et de Ken Loach, qui n'ont pas oublié de s'en inspirer, eux. Cinéaste inclassable, inventeur d'un populisme onirique et documentaire, Olmi précède de quelques dizaines d'années la plupart des tendances contemporaines du cinéma «social». Ceci dit, voir ou revoir la Légende du saint buveur ne nous aidera en rien à expliquer Olmi aux retardataires. C'est un film isolé dans une oeuvre déjà passablement hétéroclite, qui s'apparente autant à Fassbinder ou à Pasolini qu'à Olmi lui-même.

Dans un Paris de pacotille, qui mélange les calèches des années trente au métro aérien, un athlète alcoolique court après une sainte pour lui rendre deux billets de cent francs. Le temps passe sur les lumières roses du soir et les petits matins bleus. Des personnages apparaissent et disparaissent en musique, comme au cirque. C'est les Amants du Pont-Neuf sans amants, sans Pont-Neuf, mais avec beaucoup de cinéma à la place. Les acteurs sortent tout droit de Freaks ou, mieux encore, de la fabuleuse pochette des Doors, Strange Days, où des cracheurs de feu croisent des nains en déséquilibre, des équilibristes, des dompteurs, des clowns. Entre Blade Runner, d'où il vient, et une improbable superproduction de Jean Grémillon, Rutger Hauer pleure des larmes sans fin. Larmes de vin. Larmes de sang. Faut-il absolument préciser que la Légende du saint buveur ne ressemble pas à grand-chose de connu? Faut-il absolument dire que c'est un beau film?

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