domingo, 23 de agosto de 2015

La Party

LOUIS SKORECKI 14 MARS 2002 À 22:35

La Party Canal Jimmy, 20 h 45.

A-t-on assez mesuré ce que l'intrusion, dans une fiction jouée par de «vrais» acteurs, de personnages ou d'effets de dessin animé, fait rejaillir sur ces acteurs? A l'heure des images numériques et des caméras naines, ce matériel de cuisine qui brouille la définition cinématographique de base (ne parlons pas du son, on ne nous le pardonnerait pas chez les bradeurs de packs Home Cinema, avec leurs douze enceintes à moins de 500 euros, qui s'écoulent aussi vite chez les familles nombreuses de banlieue que chez les bisexuels branchés du Marais), on est pour le moins largué. La question du parasitage des «vraies» images par des images dessinées est pourtant vieille comme le cinéma. Suffit d'attraper au vol tel excellent épisode de Cartoon Factory (sur Ciné Classics) pour apercevoir un personnage bien réel, une petite fille par exemple, perdue au milieu d'animaux animés, qui s'agitent frénétiquement autour d'elle.

Parmi les grands ancêtres, ceux qui ont fait du parasitage du «vrai» (le film) par le «faux» (le dessin) leur menu quotidien, la Panthère rose (ce soir à 20 h 55, TCM) et la Party font figure d'étapes méconnues. Si la série des Panthère rose vaut mieux que sa réputation (grâce au style frénétique de flic masochiste et transformiste inventé par Peter Sellers), c'est évidemment la Party qui fait aujourd'hui figure, des années après sa sortie obscure, de film culte. Dans les deux films, l'exubérance de Peter Sellers, ses soudaines ruptures de rythme, son jeu tout en traits et en déliés, s'inscrivent naturellement dans la veine artisanale du dessin animé ­ et la belle idée de la panthère prégénérique, signée Fritz Freleng, avant qu'elle n'aille vivre sa vie ailleurs, vaut évidemment comme métaphore du jeu speedé et tordu de l'étonnant Peter Sellers. Image par image, Sellers s'invente une image qui n'est pas celle des autres. C'est un Bip Bip, un Droopy, un loup de Tex Avery, tout sauf un acteur en chair et en os. «Sortez de mon plateau! Vous ne tournerez plus un seul film!», hurle le metteur en scène au figurant hindou joué par Peter Sellers. «Cela inclut-il la télévision?», demande Sellers du tac au tac. Timing d'enfer, ironie obséquieuse, mais aussi intelligence discrète de Blake Edwards, un des rares cinéastes à n'avoir jamais cessé de naviguer entre télé (Peter Gunn, Mister Lucky) et cinéma (Days of Wine and Roses, Victor, Victoria, Boire et déboires), sur les musiques élégantes et mélancoliques de son complice de toujours, Henry Mancini.

SKORECKI Louis

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