terça-feira, 25 de agosto de 2015

La ville est tranquille

LOUIS SKORECKI 8 MARS 2002 À 22:31

Canal + 14 h.

«Qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur d'une noix?», chantait Trenet, «qu'est-ce qu'on y voit quand elle est fermée?» Oui, quoi? La ville est tranquille ne parle que de ça, de l'intérieur des choses, l'intérieur des gens, l'intérieur d'une ville. C'est un film qui retourne les personnages et leurs sentiments comme un gant. A l'intérieur, il n'y a plus de larmes. S'en sont allées, les larmes. Elles n'y tenaient plus. Elles en avaient assez de ne plus servir qu'à faire venir celles des autres. Quand elles furent asséchées, après que la mer où elles s'étaient réfugiées s'est asséchée elle aussi, Robert Guédiguian a pensé qu'il était temps de faire un film, d'en faire un film. Il a vidé la ville de ses habitants, et il a appelé la danse à son secours. Danse des regards, des collages, des musiques. On n'avait pas vu ça depuis cinquante ans, depuis ce jour où Stanley Donen et Gene Kelly ont emmené Frank Sinatra chanter et danser dans les rues. C'était Un jour à New York, rappelez-vous. Personne n'avait jamais dansé ou chanté dans les rues d'une vraie ville avant. Personne. Les imbéciles ont cru ­ ils y croient encore ­ que le réalisme venait au secours de la comédie musicale. C'était évidemment le contraire. C'était de l'onirisme pur, de la pure fantaisie. Qui perdrait son temps à chanter et danser dans les rues de New York?

La ville est tranquille est la première comédie musicale de Guédiguian. On n'y chante pas beaucoup, on y danse encore moins, mais, d'un plan à l'autre, des dizaines de personnages échangent des regards. Le désir circule, comme on dit trop souvent, alors que c'est l'argent, et rien d'autre, qui passe de mains en mains. On baise, on se trahit, on meurt. On bande aussi, on bande beaucoup, mais personne ne mouille. On devine que ça fait mal. Les filles savent que ça fait mal. C'est un film pour filles. Pas un film réaliste. Pas un film sentimental, non plus. Ce film, il faut y regarder à deux fois. Il n'y a pas plus mesuré, plus millimétré, plus aride. Magritte s'y retrouverait. Les larmes elles-mêmes ont l'air d'être fausses. Un petit matin, sans prévenir, l'irréalisme de Gene Kelly et Stanley Donen, leur irréalisme poétique, a envahi Marseille, asséchant ses rues, vidant ses ciels. Et si c'était un décor? Et si on le démolissait pour en construire un autre? La ville est vide. On entend les enfants. Le vieux monde est-il derrière eux ou devant? Quelle vie pour eux, quel nouveau décor pour leurs vies à venir? On entend un piano. On entend ce qu'on veut, Devant un tel film, on entend ce qu'on veut.

SKORECKI Louis

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