terça-feira, 25 de agosto de 2015

L'Argent de la vieille

Paris Première, 22 h 55.

08/01/2002 à 21h36

SKORECKI Louis

Les plus grands cinéastes ne font pas forcément les plus grands films. Luigi Comencini, petit maître des premiers émois de l'enfance et de l'adolescence, a ainsi signé trois des plus beaux films italiens, plus beaux que les plus beaux Antonioni, les plus beaux Fellini. Ne demandez pas pourquoi, c'est comme ça. On peut brader tout Moretti, tout Leone, tout Bertolucci, pour les Aventures de Pinocchio, l'Incompris ou l'Argent de la vieille, trois chefs-d'oeuvre qui se brûlent à leur propre sujet, qui font la propagande pour leur scénario comme seuls les plus beaux films de l'histoire du cinéma savaient le faire, les Murnau muets, les Ford irlandais, les Mizoguchi urbains. La propagande pour un scénario, ça consiste à prendre à la lettre le moindre mot des moindres protagonistes, ses plus infimes motivations, comme le cahier des charges d'une organisation révolutionnaire. Une bible, quoi. Une vraie.

On parle de révolution, on parle de bible. Ça tombe bien, l'Argent de la vieille (Lo Scopone scientifico, d'après le nom de ce jeu incompréhensible auquel se livrent corps et âme les quatre personnages de ce mélodrame politique) ne parle que de lutte des classes, la lutte des classes prise dans son sens le plus basique: une classe contre une autre, on verra bien qui gagnera, et basta. Ce beau film sentimental raconte l'histoire terrifiante d'une vieille milliardaire américaine qui prête chaque année de l'argent à un pauvre chiffonnier napolitain pour le battre et le plumer à tous les coups. C'est bien sûr dans le suspense répétitif (et s'il gagnait cette fois?) que tient tout le film, les habitants du bidonville servant de choeur antique, de rime impossible au rêve du prolétaire ébloui. Sujet casse-gueule (on sait que la lutte des classes ne donne jamais de bons films), distribution de rêve: Alberto Sordi au sommet de sa forme, à la fois ridicule et pathétique, plus petit et plus grand que la vie; Bette Davis, vieillie à faire peur, caricaturant comme un vieux chiffon les rôles de salope qui l'ont rendue célèbre; et Joseph Cotten dans le rôle de valet, de chauffeur, de maître d'hôtel (d'amant?). Illuminant le film de sa grâce de princesse déplacée, Silvana Mangano (la femme de Sordi), seule lueur d'espoir «réaliste» au milieu de cette sublime novela, seul personnage qu'on imagine un instant gagner. Une petite fille mettra fin in extremis à ce jeu cruel avec la cruauté d'un ange. Les enfants, chez Comencini, sont toujours les seuls gagnants.

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