terça-feira, 25 de agosto de 2015

Le Garçon aux cheveux verts

18/01/2002 à 21h44

CinéClassics, 0 h 50.

SKORECKI Louis

Réévaluer le cinéma de Joseph Losey est aussi urgent que découvrir les oeuvres méconnues de John Stahl, Edward Ludwig ou Stuart Heisler. Pour Stahl, Ludwig, Heisler, on attendra que les chaînes du câble s'y mettent enfin, distillant un peu d'imagination dans leurs programmations paresseuses. Pour Losey, grâce à Bruno Deloye et Karine Durance (CinéClassics), le travail peut commencer. Entre mi-janvier et mi-février, pas moins de cinq films de l'auteur du remake maudit de M. le maudit sont à l'affiche. CinéClassics programme aussi trois films rares du maître de Leo McCarey, Tod Browning (West of Zanzibar, Miracles For Sale et les Poupées du diable), endossant pour un temps le maillot jaune de l'intelligence cinéphile. Pour Losey, il faudrait plutôt parler d'évaluation, l'étude de ses grands films ayant à peine été entamée que ceux des années 70 et 80, truffés d'effets de premier communiant brechtien, décourageaient les amateurs.

Le Garçon aux cheveux verts (1948) est le premier film américain de Losey, l'un de ses plus curieux, l'un de ses plus beaux. Pendant une quinzaine d'années, il signera une quinzaine de films magnifiques, à Hollywood et en Angleterre, où le maccarthysme le chasse en raison de ses sympathies communistes. Si on fait exception du très joli Accident (1967), ça se gâte dès le Criminel (1960), les Damnés (1961), Eva (1962), The Servant (1963), la frontière entre excellence classique et roublardise se situant plus tardivement (le Messager, 1971), selon les amateurs de ce cinéma de la transparence extrême, paradoxalement prêts à pardonner l'emphase ricanante pour deux ou trois moments de grâce perdus. Losey a toujours été brechtien, on le voit bien dans la dialectique qui sous-tend l'Enfant aux cheveux verts, parabole distanciée, onirique et philosophique, histoire édifiante d'un petit garçon qui se réveille un matin avec les cheveux verts. C'est sans doute la rencontre de ce brechtisme minimal avec le système hollywoodien des grands studios, les compromis scénaristiques, esthétiques, et même économiques (un mois de tournage pour le Garçon aux cheveux verts, un record de rapidité pour un film en Technicolor), qui produisit pendant quinze ans le grand cinéma de Losey, avec cette légèreté et cette transparence qu'on ne trouve que chez Mizoguchi. Belle interprétation réaliste-poétique de Robert Ryan et surtout du petit Dean Stockwell, quarante ans avant que le cinéma (Paris Texas) et surtout la télé (l'hologramme de Code Quantum, c'est lui) n'en fassent enfin une star.

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