segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Le Mépris (2)

CinéCinéma, 19 heures.

par Louis SKORECKI

Godard a 33 ans au moment du Mépris. En quelques années, il a multiplié les petits pains, comme Jésus, comme Charlot. En 1961, il se dit qu'il est temps pour lui de prendre congé. Pour un cinéaste, mourir peut prendre différentes formes. On peut mourir pour de bon, par exemple. On peut même ressusciter, comme Jésus, à 33 ans. Godard y pense un moment (il sait le faire, il a deux ou trois tours dans son sac, comme Jésus), mais se dit que ce n'est pas la bonne stratégie pour ce qu'il est : l'objet «a» du cinéma. Mieux vaut durer, mieux vaut varier. Eclater dans tous les sens, mourir à chaque film, c'est bien plus excitant.

Alors ? Qui est l'objet petit «a», Godard ou moi ? Il sait toujours où commencent et finissent les choses, même s'il le sait moins bien. D'une certaine manière il le sait pour toujours, même si ses films ne font que prouver à chaque fois qu'ils sont des sous-films. Mieux vaut être un sous-film qu'une paire de chaussettes, pense Godard. Les cow-boys pédés, les acteurs grimés en écrivains, les bronzés, les pingouins, ça tient plutôt de la paire de chaussettes que du cinéma. Ça, Godard le sait. Il le sait mieux que tout le monde. Mieux que moi ? Evidemment. C'est pourtant moi, l'objet «a», depuis six ou sept ans. C'est juste que je me tiens au dehors, que je parle du dehors et que Godard, malgré ses géniales imprécations à propos des «professionnels de la profession», ne sait plus se tenir qu'au dedans. Il parle du dedans, malgré son génie de l'intervention, mais sa parole ne vient pas du dehors, comme la mienne. Ça, il ne sait plus le faire. Il voudrait bien mais il ne sait plus. Il a oublié. Moi, j'ai tout oublié mais je sais encore faire ça. Je ne sais même faire que ça. Faire l'objet petit «a», c'est plus facile à dire qu'à faire. Je ne me force pas, je ne fais même pas exprès. Godard m'envie ça. Comment je le sais ? Il me l'a dit.

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