segunda-feira, 24 de agosto de 2015

L'Incompris

Canal Jimmy, 22 h 45.

03/04/2000 à 00h19

SKORECKI Louis

Le cinéma a beaucoup à voir avec l'enfance. Ne pas hésiter à aligner les évidences, les banalités. Rappeler comment on se retrouve quelquefois dans le noir, à plusieurs, presque en famille. Fermer les yeux, se souvenir. Se laisser prendre par la main, bien sûr. Renifler les acteurs, là, devant, dans leurs costumes tout neufs. Dans la rue, la lumière revenue, se sentir plus fort d'avoir vécu avec eux ce qu'on appellerait une belle histoire d'amour si on n'avait pas peur de passer pour un con. C'était une belle histoire, non? Ne pas avoir peur de passer pour un con. On se souvient que l'Incompris a beaucoup à voir avec l'enfance. C'est même l'un des rares films qui mette l'enfance à son programme. Pour beaucoup de cinéastes, l'enfance n'est qu'un prétexte à faire enfiler de beaux habits à des nains et à les faire marcher à la baguette. L'enfance ne s'y envisage que comme une publicité pour l'enfance, un catalogue d'émotions Carambar, presque un manuel de pédophilie comme dirait l'autre si on prenait la peine de lui demander. Les enfants de Comencini sont de véritables petites personnes, avec leurs caractères, leurs emportements, leurs vies intérieures. On peut considérer l'Incompris comme une variation énigmatique sur Europe 51, mélodrame chrétien particulièrement exalté réalisé une quinzaine d'années plus tôt par Rossellini, dont il serait une sorte de ralentissement adolescent. Personne n'a oublié que le jeune fils d'Ingrid Bergman se suicide chez Rossellini. Il le fait tellement vite qu'on ne voit rien venir. On prend sa mort en pleine gueule. On mettra des heures à ne pas s'en remettre.

Chez Comencini, la mort vient lentement. Elle laisse à la vie, c'est-à-dire au spectateur, le temps de voir venir. On a le temps de voir ce que le père ne voit pas, la souffrance de son fils. Un suspense sentimental n'arrête pas, c'est le sujet du film de creuser en nous des sillons pour les larmes que l'autre ne verse pas. Quatre ans plus tard, Comencini tourne son Pinocchio, sublime saga de près de six heures sur l'impossibilité de dresser un enfant. Rien que d'y penser, on a le nez qui pousse, qui pousse, qui pousse.

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