segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Lolita

TCM, 20 h 45.

Par Louis SKORECKI

Pour le cinéphile des années 60, émettre l'hypothèse que Lolita était un grand Kubrick semblait aberrant. Ce cinéphile-là était moins con que le postcinéphile des années 2000, mais il ne concevait pas qu'on puisse parier sur ce film. Rappeler qu'avant l'ère des critiques de cinéma et des dossiers de presse, avant la télévision, le câble, la K7, le DVD, avant les rires simulés, les fausses chutes, les «director's cut», les vidéo-gags «collectors», les bonus-poubelles, avant l'ère des films lancés à coups de bandes-annonces en boucle, avant les films surveillés, surchroniqués, quand c'était le temps innocent du cinéma/aventure, quelques rêveurs se battaient à coups d'artistes inconnus, de films invisibles. Tout miser sur un film, c'était un art, un délice, un jeu. J'en vois un qui rigole au fond de la classe. Tu n'as pas connu ces noms de cinéastes bizarres, Ludwig, Tourneur, Heisler, Douglas Sirk, sur lesquels des jeunes crétins illuminés pariaient leur vie. Tu n'as connu ni les clignotements d'un cinéma d'usine pas encore balisé, ni l'illumination rimbaldienne de ces films inconnus, ni les errances de l'art/industrie dans la nuit.

Aujourd'hui, petit con, tu aimes sans savoir pourquoi la médiocrité de l'artisan mégalomane Kubrick. Tu sais qu'il est de bon ton d'admirer Lolita. Tout admirer, tout acheter, tout oublier. Oublier que la presse entière avait détesté Lolita à sa sortie sous prétexte que le livre de Nabokov était dénaturé, et que Sue Lyon était trop jeune. A voir le remake du film en forme de catastrophe, avec starlette prépubère, on mesure la bêtise des jugements d'époque. Mais qu'est-ce qui est pire ? Critiquer un Kubrick avec de mauvais arguments, en 1962, ou admirer sans recul son oeuvre complète en 2004 ? Tu veux le mode d'emploi pour Lolita, c'est ça ? Regarder James Mason et pleurer. Et basta. Pleurer avec lui. Tout le reste, y compris ce qu'on persiste à appeler, on ne sait trop pourquoi, le cinéma, n'a pas d'importance.

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