domingo, 23 de agosto de 2015

Man Hunt (3)

CINéCINéMA CLASSIC, 15 h 20.

par Louis SKORECKI

Espionnage, ambiguïté, violence. On est dans un drôle de territoire, un no man's land pas si langien que ça. Un peu stevensonien, mais pas tant que ça. Le film est-il trop romantique, trop mankiewiczien ? Trop fade ? Ou juste trop hollywoodien ? Man Hunt raconte l'histoire d'un Allemand qui veut tuer Hitler, en 1941, et qui le rate de peu. C'est un beau roman d'aventures, irréaliste au possible, hors temps, hors tout. La brume d'abord, le brouillard qui enveloppe ce film stylisé, stylé, avec un chasseur anglais bien décidé à tuer Hitler, juste parce que les nazis l'ont capturé, battu, alors qu'il chassait d'autres bestiaux. Le capitaine Alan Thorndike (Walter Pidgeon) a eu le malheur de tenir Hitler en joue. C'était juste un simulacre, il faisait comme si. Vous m'avez passé à tabac, je vais le tuer pour de bon, votre Hitler. Le scénario est mince, et pourtant ça marche. Ne pas oublier George Sanders, le nazi raffiné ; ni John Carradine, son homme de main cruel ; ni l'évaporée Joan Bennett, qui réussit même à se faire passer pour une Londonienne à l'accent cockney. Quand Hollywood veut, Hollywood peut.

Mais c'est surtout le couple Walter Pidgeon-Roddy McDowall, le chasseur viril et l'enfant poétique surgi du brouillard, qui emporte le morceau. C'est un couple dans tous les sens du mot, avec l'ambiguïté sexuelle que cela comporte. Pidgeon et McDowall jouaient déjà, dans les marges du code Hays, un couple d'amoureux dans le chef-d'oeuvre de John Ford, Qu'elle était verte, ma vallée. Qu'on l'admette ou non, il s'agissait d'attraction amoureuse, sensuelle, érotisée, comme celle qui unit au-delà de la vie, au-delà de la mort, un autre adolescent bouclé, roux comme les blés, le petit Jon Whiteley (John Mohune) et le beau Stewart Granger (Jeremy Fox), dans les marges de Moonfleet. Vous n'y croyez pas. Tant pis. Je ne peux rien pour vous.

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