domingo, 23 de agosto de 2015

Man Hunt

CINECINEMA CLASSIC, 23 h 40.

par Louis SKORECKI

Espionnage, violence, ambiguïté, on est dans un drôle de territoire. Un peu langien mais pas tant que ça. Un peu stevensonien, mais pas tant que ça. Un peu antifasciste, mais pas tant que ça. Pourquoi tant de précautions oratoires ? Man Hunt n'est pas un Lang comme les autres. C'est l'un de ses grands films mineurs. La preuve, Lourcelles n'en dit quasiment rien dans son Dictionnaire du cinéma. Il se contente de le mentionner, au milieu de ses trois pages dithyrambiques sur Moonfleet, insistant sur des similitudes de fond : «Le scénario de Moonfleet est basé sur le voyage d'un enfant, mais c'était déjà présent dans l'oeuvre de Lang, par exemple dans Man Hunt, en 1941, où un enfant avait un rôle capital.» Voilà. C'est tout. Il n'y reviendra plus. Quelle mouche a piqué Lourcelles ? Le film est-il trop romantique, trop mankiewiczien ? Trop fade ? Ou juste trop hollywoodien ?

Man Hunt est tout cela, et beaucoup plus. C'est juste que Lang, dinosaure hollywoodien déçu (de l'architecture, de Vienne, de Berlin, du muet, de Thea von Harbou, de ses années préjuives, celles où personne ne le sommera de choisir entre Moïse, qu'il connaissait peu, et le Reich, qu'il connaissait trop), dinosaure déplacé, amoureux de son passé plus que de cet avenir qu'on lui prédit brillant sous les palmiers artificiels des collines hollywoodiennes, c'est juste que Lang n'y est jamais tout à fait, dans ses films américains. On voudrait qu'il y soit, mais non, il n'y est pas. Il n'y est jamais. Il est ailleurs. Il rêve à une Walkyrie lointaine, d'une blondeur aveuglante, qui le prendrait par la main pour le conduire sur la lune. Une lune où personne, surtout avec l'accent yiddish, ne viendrait le déranger. Vous protestez. Vous dites que Lang n'a jamais eu l'accent yiddish. Vous avez tort, je l'ai entendu parler, il avait l'accent du shtetl. L'invraisemblable vérité, c'est ça.

(A suivre)

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