terça-feira, 25 de agosto de 2015

Minuit dans le jardin du Bien et du Mal

13/10/2000 à 05h21

Ciné Cinémas 1, 21 h.

SKORECKI Louis

Un rêve de film, c'est aussi celui qui se regarde les yeux fermés. Sous cet angle, les films de Clint Eastwood, qui s'écoutent plus qu'ils ne se regardent, sont des rêves de films. Ce n'est pas grand-chose, mais c'est déjà ça.

Se passer des images, donc, pour commencer. Se passer du néo-classicisme maniériste, des effets de folle à petite cervelle, de ce golf d'images sans swing. Fermer les yeux, c'est aussi éviter le visage de Clint lui-même, gueule synthétique, trop burinée pour avoir vieilli par des méthodes traditionnelles. Emeri professionnel, fascisme bio, on ne sait pas. Dans Minuit dans le jardin du Bien et du Mal, au moins, Clint Eastwood n'est pas là. Fermer les yeux quand même pour s'étourdir des mièvreries chantées que le maître a sans doute le mauvais goût de tenir pour du «jazz», musique encore plus démodée que le cinéma, plus désuète. Le jazz, comme le cinéma, sont à l'ère post. Pour le cinéma, on datera le passage entre 1955 (Hitchcock présente) et 1958 (Rio Bravo). Le jazz, lui, bégaie encore jusqu'au milieu des années 60, ensuite il se newmorningise à vue d'oeil, se contentant, comme la country dans une moindre mesure, d'effets de manche et de clins d'oeil (le beau dernier disque officiel de Bill Evans, You Must Believe in Spring, 1977, recule de plus de dix ans le début des années beauf).

Une fois refermé le film, on écoute par conscience professionnelle Minuit dans le jardin du Bien et du Mal, CD concept qui contient à la fois des chansons de la BO et d'autres «inspirées par lui». Sûr qu'Eastwood pense faire du «jazz» quand il mâchonne lui-même, de sa voix de cow-boy d'opérette Ac-cent-tchu-ate the Positive (Johnny Mercer/Harold Harlen). Luis Mariano faisait mieux au Châtelet avec Francis Lopez. Le reste, pourtant, est pire. A part I Wanna Be around (Tony Bennett, 1962) et Fools Rush in, sauvé par l'impeccable professionnalisme de Rosemary Clooney, c'est une banale compil' de standards de Johnny Mercer, massacrés pour les besoins du film par k.d.lang, Brad Mehldau, Eastwood fille et quelques autres. Dans la belle bande son de Sur la route de Madison, on se souvient que Johnny Hartman chantait bien. Il chantait même juste.

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