domingo, 23 de agosto de 2015

Moonfleet

CinéCinémaCLASSIC, 19 h 10.

par Louis SKORECKI

Je n'ai pas beaucoup connu Fritz Lang, mais je l'ai fréquenté assez longtemps pour deviner de quel bois il se chauffait. Il était gentil, patient, un peu sec. J'en ai profité pour me tromper complètement sur lui. J'avais une excuse. J'avais 20 ans, il en avait cinquante de plus. Tout ça se passait à Hollywood, huit ans après le tournage de son plus beau film, le plus flamboyant en tout cas, Moonfleet. Lang était un vrai mec, un macho, un dur. Son meilleur ami, à l'époque, était le cinéaste et monteur Gene Fowler Jr. Cet été 1963, j'ai parlé longuement à Allan Dwan, Samuel Fuller, Jean Renoir, Raoul Walsh, Jacques Tourneur. Ces entretiens étaient destinés à Visages du cinéma, une revue dont j'étais le rédacteur en chef, le directeur, le führer. J'ai arrêté après deux numéros sur Hawks et Preminger. Je perdais de l'argent, c'était trop fatigant. J'ai fait un deal avec Présence du cinéma, avant que Daney ne me persuade de trahir et de passer aux Cahiers du cinéma avec armes et bagages. C'est là que l'entretien Fritz Lang est paru.

Je disais que je m'étais trompé sur Lang. Il y avait de quoi. C'était un être secret, renfermé, contradictoire. J'ai juste cru (et je ne peux m'empêcher de le croire encore) qu'il était pédé. Sa violence envers les femmes (dans ses films), sa drôle d'allure (dans la vie), tout m'en persuadait. On raconte que c'était le contraire, que c'était un tombeur. Même Marlene Dietrich, peu portée sur les hommes, a fini dans son lit. C'est cet homme-là, cet homo-là (ça n'engage que moi) qui a filmé les ébats amoureux d'un jeune rouquin aux allures de fille et d'un père de substitution trop charmant pour être honnête. On vous dira que Moonfleet est un film d'aventures à la Stevenson, que c'est le Maître de Ballantrae de Fritz Lang. Ce n'est pas faux. Ce n'est pas vrai. A chacun ses idées, hein.

(A suivre)

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