terça-feira, 25 de agosto de 2015

Pleins feux sur l'assassin.

Cinétoile, 21h05.

SKORECKI Louis

C'est le film le plus obscur de Georges Franju, cinéaste attachant et mal connu, auteur d'une oeuvre entièrement vouée au merveilleux et au fantastique. Fondateur de la Cinémathèque française avec Henri Langlois, Franju est un metteur en scène conservateur, au meilleur sens du mot (même si tel téléfilm tardif peut se révéler franchement réactionnaire), qui préfère approfondir les acquis du cinéma plutôt que d'expérimenter des for-mes nouvelles. Après une bonne dizaine d'années de documentaires hallucinés (le Sang des bêtes, Hôtel des Invalides), il s'associe en 1959, alors qu'il a déjà près de 50 ans, avec le jeune Jean-Pierre Mocky pour un premier long métrage de fiction furieusement anarchiste, rebelle et embrumé, la Tête contre les murs. Moins de dix films plus tard, juste après la mort de sa mère, Franju nous quitte sur la pointe des pieds, nous laissant orphelins de son cinéma fragile et élégiaque. Même un film un rien impersonnel comme Pleins feux sur l'assassin traîne avec lui les obsessions archéologiques et oniriques de son auteur, amoureux fou de Georges Méliès et de Louis Feuillade, deux cinéastes auxquels il a splendidement rendu hommage en 1952 (le Grand Méliès) et en 1963 (Judex). Pleins feux sur l'assassin est un film au suspense minimal, dont la dramaturgie s'apparente au «son et lumière» qui lui sert de prétexte, un véritable montage audiovisuel primitif renvoyant à la préhistoire du cinéma.

On peut reprocher beaucoup de choses au cinéma de Franju, à commencer par une espèce de mièvrerie poétique idéalement incarnée par son actrice fétiche, Edith Scob. Mais il nous laisse les Yeux sans visage, mélange invraisemblable de cinéma médical et de thriller surréaliste, inoubliable plongée dans les couloirs de l'impossible dont aucun spectateur ne ressort indemne. Egalant, le temps de ce film d'horreur pure, les chefs d'oeuvre fantastiques de Lang et de Tourneur, Franju peut s'éclipser. Ses chiens noirs hurleront encore longtemps dans la nuit.

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