domingo, 23 de agosto de 2015

Règlements de comptes

LOUIS SKORECKI 7 MARS 2002 À 22:30

Paris Première, 21 h.

Un film qui implose, tu sais ce que c'est? Depuis trois dizaines d'années, le cinéma ne sait plus que partir de l'intérieur (comme on dit à l'Actor's Studio) pour aller vers l'extérieur. Au mieux, c'est ce qu'il fait, il explose. Tu ne sais pas, petit, tu veux apprendre. Avec The Big Heat (Règlements de comptes, 1953), tu vas comprendre. L'implosion, c'est ce qui part de l'extérieur pour imploser au-dedans d'un personnage, au-dedans d'un film. Si tu crois que ce qui ressemble le plus au cinéma, c'est le DVD haute définition (qu'ils disent), offre-toi The Big Heat en version américaine (zone 1). Pour une fois, la terreur imagée de Fritz Lang se retrouve plutôt bien rendue à l'écran. Si tu es moins crétin que tes copains, et que tu as compris que la télévision, c'est ce qui ressemble le plus au cinéma (le Testament du docteur Cordelier, sublime Renoir télévisé, c'est quoi?), tu n'as plus qu'à t'installer devant la meilleure chaîne télé, celle d'Ardisson (Rive droite, rive gauche, c'est quand même mieux que Télérama) et Beigbeder (Des livres et moi, c'est quand même mieux que... que quoi déjà?). Tu te lâches, tu te laisses gagner de l'intérieur par la noirceur langienne.

The Big Heat est le Lang préféré de Jean-Claude Brisseau, qui n'aime pas trop Lang. Il préfère Hitchchcok et Gary Cooper, ce qui n'est pas plus bête qu'autre chose, mais pas plus intelligent non plus. Si Brisseau aime tant ce film, c'est qu'il est presque hitchcockien, c'est-à-dire conceptuel, populaire, intelligible ­ tout ce que Lang n'est pas. The Big Heat raconte une enquête, une vengeance, une rédemption ­ des mots gros comme le gros Alfred. The Big Heat est un chef-d'oeuvre du film noir, du film de genre, comme ces pelletées de films travestis et surlignés qu'Hitchcock n'a cessé de faire après-guerre, ses moins bons films. Les films de genre tuent le cinéma, tu ne savais pas?

Lang est le cinéaste de l'inintelligibilité absolue, un anticinéaste, si tu veux. Comme Tourneur? C'est ça, oui. Dans The Big Heat, une femme saute en mille morceaux. Glenn Ford est marié à cette femme, une femme merveilleuse, ils sont heureux, elle explose. Tu vas dire que tu as vu ça cent fois, avec Mel Gibson ou Bruce Willis. Mais non. Cette explosion-là, dès l'exposition, c'est l'implosion d'un homme, l'implosion du film lui-même. Si tu comprends ça, tu n'as plus qu'à laisser filer. Gloria Grahame, qui cache son visage. Défigurée à l'acide, livide. Lee Marvin, idem. Les plus beaux Lang, tu verras, ce sont les grands films abstraits, qui suivent. Ciao, petit.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog