domingo, 23 de agosto de 2015

Sur la route de Madison

01/03/2001 à 23h48

TCM, 18 h 20.

SKORECKI Louis

Clint Eastwood est un cinéaste médiocre mais il a de l'oreille. Les deux ou trois moments supportables de sa longue carrière consacrée à jouer les spectres, les revenants, les vengeurs, dans la droite ligne de ses premiers essais spaghettis (le Bon, la brute et le truand) ou siegeliens (l'Inspecteur Harry) ont toujours quelque chose à voir avec la musique, de son premier film, il y a trente ans, Play Misty For Me, à Honky Tonk Man, avec son chanteur cabossé entre Jimmie Rodgers et Hank Williams, et quelques passages lyriques de Bird sur la vie d'un musicien tout aussi brisé, Charlie Parker. La plupart des films d'Eastwood ont d'ailleurs des bandes-son intéressantes, qui rachètent souvent la mollesse de la réalisation, comme dans le Jardin du bien et du mal. On doit mettre à part, dans une oeuvre complaisante qui n'arrête pas de se mordre la queue, Sur la route de Madison, qu'Eastwood signe à 65 ans, une manière de mélodrame automnal qui joue le même rôle dans sa carrière que September, dix ans plus tôt, dans celle de Woody Allen.

Chez Eastwood, chez Allen, il s'agit de ralentissement frontal, de néoclassicisme, d'une réconciliation tardive avec une part de sentimentalité, voire même de féminité, qu'ils prenaient soin jusque-là de ne pas laisser voir. Sans aller jusqu'à créditer l'homme Eastwood de la générosité romanesque du personnage qu'il interprète, un vieux photographe étrangement décalé du National Geographic, qui tombe amoureux d'une femme mariée, jouée avec une fadeur intense par Meryl Streep (les démêlés conjugaux de Clint Eastwood avec Sondra Locke laissent deviner une autre brutalité), on aurait du mal à rester insensible au charme suranné de ces amours de la dernière chance, celles auxquelles on aime rêver. Parfait contrechamp de cette délicieuse sensiblerie romantique, les chansons veloutées de Johnny Hartman, le crooner favori de Clint Eastwood, croisement douloureux entre Nat King Cole et Sinatra, l'un des seuls grands chanteurs de jazz à ne jamais improviser. L'entendre chanter I See Your Face Before Me donne à ce joli film une présence presque chuchotée.

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