segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Whirlpool

CINECINEMA CLASSIC, 22 h 05.

par Louis SKORECKI

J'ai assez bien connu Preminger pour savoir de quel bois cet homme difficile se chauffait. La première fois que je l'ai vu, c'était en juillet 1963, à New York, bien calé derrière son bureau, sous la protection affectueuse d'un Picasso et d'un Klee. Les autres tableaux, je les ai oubliés. Si je raconte ça, c'est pour rappeler que c'était un homme riche et puissant, mais aussi un homme de goût. Ils n'étaient pas seulement à lui, ce Klee, ce Picasso, ils étaient d'abord pour lui, pour réchauffer ou rafraîchir son oeil vif. Tout ça pour rappeler que Preminger était un homme de la Renaissance, pas un nouveau riche qui fait la queue pour s'étourdir huit secondes à un Bonnard. Le Bonnard, il l'avait dans sa salle de bains. Deux semaines plus tard, un autre homme de la Renaissance, Vincente Minnelli, me confiait à l'oreille qu'il était fou du nouveau Preminger, le Cardinal. Ces hommes nous manquent. Leur amour nous manque. Il faudra faire avec les films.

Whirlpool (le Mystérieux Dr Korvo) raconte l'histoire d'une femme sous influence. C'est le second volet de la trilogie Tierney-Preminger, à mi-chemin de Laura (1944) et de Mark Dixon détective (1950). Gene Tierney n'a jamais été aussi belle, prise entre un mari trop gentil (Richard Conte) et l'énigmatique docteur Korvo (José Ferrer). Il y aura un autre film, le plus froissé, le plus précieux. Il tombe sans prévenir, dans les premières années de l'après-cinéma, en 1962, soit douze ans après Mark Dixon détective. C'est Tempête à Washington. Rien que des hommes, des hommes entre eux : Henry Fonda, Charles Laughton, Peter Lawford, Franchot Tone, Don Murray, Lew Ayres. Une femme, une seule, s'envole dans ces volutes de fumées. Une hôtesse, une passeuse. Une officieuse au milieu des officiels. C'est une femme douce, à peine abîmée par la vie. Regardez ses paupières, fermez les yeux, rêvez tout haut. C'est elle, c'est Gene Tierney.

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